Nous voici dans une période tournée vers la fête pascale. Dans le monde catholique cette période part du mercredi des cendres pour finir dans la nuit de Pâques. Ce qui couvre une quarantaine de jours. C’est le carême ! Car étymologiquement le mot « carême » vient  d'une altération populaire de l'expression latine quadragesima dies, le "quarantième jour" avant Pâques

 

Ici et là, selon les églises que chacun fréquente, on entend parler durant le carême  » de l’abstinence, du jeûne, de restriction alimentaire, de pénitence. Pour un temps donné ! La Bible parle-t-elle de « carême » ? La réponse est : Non ! Mais au travers des histoires vécues par des personnages bibliques nous pouvons esquisser l’idée «  d’une retraite spirituelle » ou du «  face-à-face avec Dieu » pour un temps donné.

 

Ex 34. 28 rapporte que Moïse s’était retiré deux fois dans la montagne quarante jours et quarante nuits avant de recevoir les deux tablettes de la loi.

 

1Rois 19 présente le prophète Elie qui, après avoir égorgé les prophètes de Baal, fuit la fureur de la reine Jézabel et prend la direction de Beersheba avant de se retirer dans le désert. Isolé, il demande la mort. Mais Dieu le réconforte, l’encourage, le soutient. Par deux fois l’Ange de l’Eternel lui dit : Lève-toi et mange ! 8 Il se leva, mangea et but ; puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb.

 

Avant de commencer son ministère, Jésus s’est également retiré quarante jours dans le désert. Au chapitre 4 de l’évangile Matthieu écrit : « 1 Alors Jésus fut emmené par l'Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. 2 Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. » 

 

Moïse, Elie et Jésus ont fait l’expérience d’une relation personnelle et intense avec Dieu dans leur retraite de quarante jours et quarante nuits: seul avec Dieu, seul en présence de Dieu. Ils ont expérimenté le face-à-face avec Dieu. Mais qu’en est-il de chacun de nous ?

 

Pour en parler je prends deux psaumes : Ps 50 et 51. Nous les avons étudiés ces derniers mercredis sous la thématique suivante : ce que Dieu agrée ! Dans ces deux psaumes il est implicitement question de sacrifice d’actions de grâce ; ce qui implique reconnaissance de l’unicité de Dieu et de ses actes : qui Il est et ce qu’Il fait Dieu. Ce qui génère la louange.

 

Dans le Ps 50, Dieu se présente comme le seul Dieu, le Créateur Tout Puissant, l’Eternel ( El, Elohim, YAWH. Nul ne peut se soustraire à sa présence, c’est le Dieu souverain qui connaît tout, gouverne tout, domine tout, juge de tout. C’est un Dieu qui parle car il cherche à convoquer son peuple avec lequel il s’est lié par alliance : « Je serai ton Dieu, tu seras mon peuple » (versets 4 à 7). Dieu va reprocher à son peuple sa spiritualité imprégnée de religiosité. En effet, Dieu n’a cure des pratiques religieuses car elles sont tellement coutumières, tellement routinières qu’elles sont dénuées de sens. Que ce soient les animaux domestiques comme le taureau, ou le bélier, que ce soient les fauves qui peuplent la forêt ou les oiseaux des hauteurs : tout l’univers appartient à Dieu. Il veut que son peuple reconnaisse que tout est grâce, cadeau gratuit de sa part. D’où la seule exigence de Dieu manifestée dans le Ps 50.14 : Offrir pour sacrifice à Dieu des actions de grâces. Et lui obéir : accomplir tes vœux envers le Très-Haut. Le v.15 souligne que détresse et danger ne sont rien quand on est imprégné de la présence bienveillante de Dieu. La suite, Ps 50.16-21, fait état du comportement du méchant : celui qui nie la présence, la parole et les actes mêmes de Dieu. Il pèche contre Dieu en pensée (v 16 et 21), en acte (v17 et 18), en parole (v19 et 20). Mais dans sa bonté, Dieu appelle à Lui le pécheur : il ne doit pas oublier Dieu. Car revenir à Dieu, c’est aussi une marque de la grâce de Dieu. D’où la conclusion au v. 23 : Celui qui offre pour sacrifice des actions de grâces me glorifie, Et à celui qui veille sur sa voie je ferai voir le salut de Dieu.

 

Le Ps 51 est réputé comme le psaume de repentance par excellence. Mais j’aimerais surtout souligner combien ce psaume exalte la miséricorde, la compassion, la grâce même de Dieu. 2Sam 12 situe ce Psaume dans son contexte. Après intervention du prophète Nathan, David a finalement reconnu son péché 13 David dit à Nathan : J'ai péché contre l'Eternel ! Et Nathan dit à David : L'Eternel pardonne ton péché, tu ne mourras point. Au début du Ps 51, David avoue sa faute, confesse son péché, reconnaît ses transgressions. 3 O Dieu, fais-moi grâce. Il se remet à la bonté, à la grande compassion de Dieu. 6 J'ai péché contre toi, contre toi seul, j'ai fait ce qui est mal à tes yeux. Il reconnaît que dès le ventre de sa mère il est pécheur. Mais, soulignent les versets 9 à 11, Dieu peut le sauver de cette situation : laver la souillure de son âme et la rendre aussi blanche que la neige ; détourner son visage de ses fautes et péchés ; le fortifier à tous égards de manière à vivre dans la joie et l’allégresse. David demande à Dieu de lui créer un cœur pur, de lui donner un esprit bien disposé à vouloir le bien. Il veut que l’esprit de Dieu l’anime et le soutienne à demeurer dans la joie du salut, Cf. v.12-14. Pécheur pardonné et gracié, David ne peut que proclamer la louange de Dieu et témoigner à la fois de la justice et de la bonté de Dieu. Les sacrifices agréables à Dieu, c'est un esprit brisé. O Dieu, tu ne dédaignes pas un coeur brisé et humilié ; Ps.51.19. Nous voyons qu’à la fin du Psaume 51 David se remet entre les mains de Dieu pour son avenir mais aussi pour l’avenir de Sion, pour la construction de Jérusalem.

 

Dieu n’a-t-il pas manifesté sa justice et sa bonté au travers du seul sacrifice de Jésus à la croix ? Oui, tous les sacrifices dont parle le pentateuque sont accomplis et réunis dans le seul sacrifice que Jésus a fait de sa propre personne à la croix. En effet le Nouveau Testament témoigne de la personne et de l’œuvre rédemptrice de Jésus. En Christ, par Christ et avec Christ nous avons accès auprès de Dieu le Père. Jésus nous a fait passer de la condamnation au pardon, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie éternelle. Grâce à Jésus-Christ nous pouvons vivre chaque instant de chaque jour qui passe en présence de Dieu. Il nous a donné son Saint Esprit pour que nous puissions lui offrir des sacrifices d’actions de grâce, de reconnaissance et de louange : seul dans un face-à-face mais aussi en communauté, dans l’Eglise.

 

 

Fait à Mantes-la-Ville ce 22 mars 2019 par le Pasteur Aimé RANDRIAMBOLOLONA